L’exposition « Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l’au-delà » au Musée Maillol

De tout temps, la notion de vie après la mort a suscité de nombreuses questions. Dans l’Egypte Antique, la vie servait à préparer sa mort et ce qu’il s’y passait après. Au Moyen Âge, les plus fortunés payaient les Églises pour s’assurer une place au paradis. Ces exemples montrent bien comment à différentes époques, la vie après la mort était un sujet important. Le Musée Maillol propose actuellement une exposition intitulée « Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l’au-delà ». C’est un sujet que l’on n’a pas vraiment l’habitude de voir dans les musées et je trouve qu’il colle parfaitement à la saison dans laquelle nous sommes en train de rentrer. Le Musée Maillol à travers le parcours de différents artistes, dépeint l’ambiance qui régnait à la fin du XIX° siècle et au début du XX° en France et surtout l’engouement grandissant pour le mystère et l’étrange.

Tout d’abord, pour bien comprendre cette exposition, il est important de comprendre le contexte historique. Le XIX° siècle est marqué par une grosse instabilité politique. Successivement, la France voit passer la restauration, la monarchie de Juillet, la seconde république, le second empire et enfin la troisième république. On peut aussi relever différentes crises et batailles qui fragilisent énormément le peuple. Les français en ont marre. A côté de ça, le point positif, c’est que l’industrie se développe considérablement et apporte avec elle une certaine modernité. Les richesses se repartissent un peu mieux entre les différentes classes sociales. Il y a d’ailleurs de plus en plus de nouveaux « riches ». La presse se développe aussi ce qui permet aux écrivains de vivre enfin de leurs écrits et surtout, de propager leurs idées. On connaît donc un fort essor de modernité et surtout une recherche poussée à l’extrême dans tous les sujets possibles : scientifiques, artistiques, industrielles…

La jeunesse elle, est incroyablement nostalgique d’une histoire passée. C’était mieux avant… On parle de « mal du siècle« . Des courants artistiques tels que le Romantisme et le Symbolisme émergent en opposition au Réalisme et avec eux arrivent la nostalgie, le pessimisme et le questionnement. Ils rêvent sans doute d’émancipation, de réaliser leurs rêves et de vivre leur passion à fond. Baudelaire nommera d’ailleurs ce phénomène de « Spleen ».

Alors comment expliquer cet engouement soudain pour le spiritisme, les médiums ou encore les voyantes ? J’imagine que la vie était très dure à l’époque, les gens mourraient jeunes, certains mourraient de maladie, d’autres sur le front. Les lendemains étaient assez incertains. Ils avaient sans doute besoin de se rassurer sur ce qui les attendait de l’autre côté. De plus, l’étrange, ce qu’on ne comprend pas et qui ne s’explique pas est toujours très attirant. Ils souhaitaient sans doute aussi se lever par tous les moyens contre la science qui prenait de plus en plus le pas sur la religion.

Allan Kardec

Tout commence donc aux États-Unis lorsqu’en 1848, d’étranges coups frappent dans la maison des Fox. C’est alors que le phénomène spirite émerge et se propage en Europe en 1853. En France, On se passionne par ce sujet et des écrivains tels que Allan Kardec ou André Breton en font leur sujet de prédilection. Le premier publiera d’ailleurs en 1857 le Livre des Esprits et désignera sa doctrine par le mot « spiritisme ».

A cette époque déjà de base, il n’y a pas vraiment de tabou concernant la mort. Sur le web, vous pouvez trouvez des centaines de photographies d’époque où l’on voit des personnes se prendre en photos avec une personne décédée comme si celle-ci était toujours en vie. C’est assez inimaginable de faire ça aujourd’hui, déjà par respect pour le défunt, on n’oserait jamais le mettre en scène comme s’il était toujours vivant. Mais non, à l’époque ça se faisait énormément et surtout avec les enfants morts en bas âge, afin de garder un souvenir. L’approche de la mort était donc bien différente.

L’exposition introduit d’ailleurs son sujet de cette manière, en montrant les photos de fantômes qui étaient prise à l’époque. Évidemment, ce sont des photos truquées cela montre d’ailleurs à quel point la modernité permettait de nouvelles choses. Mais évidemment, tout le monde y croyait ! La presse propage tous ces faits considérés comme étranges et les gens s’y intéressent de plus en plus. Il y a même des soirées organisées spécialement avec des médiums ou des voyantes autour de ces fameuses tables tournantes.

Il est aussi intéressant de voir tout ce qui s’est créé autour de ce phénomène que ce soit en matière d’objets ou d’écrit. C’est un réel phénomène, un nouvel univers avec ses règles et ses codes.

C’est alors que surviennent de plus en plus de personnes disant être entrer en contact avec des esprits, affirmant entendre des voix de l’au-delà et de la même manière que l’industrie évolue, la communication avec les esprits aussi évoluera.

L’exposition « Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l’au-delà» au Musée Maillol met donc en lumière plusieurs personnalités ayant participées à ce que l’on appelait le « mouvement spirite » dont trois peintres : Augustin Lesage (1876-1954), Victor Simon (1903-1976) et Fleury-Joseph Crépin (1875-1948).

Augustin Lesage naît donc en 1876 dans une famille de mineur. C’est donc tout naturellement qu’il se dirige lui aussi dans cette voie là. J’imagine qu’à l’époque niveau travail, il n’y avait pas beaucoup de choix. Il épousera même une fille de mineur. Tout ça pour dire que c’était un métier ultra commun à l’époque. C’est d’ailleurs sur son lieu de travail qu’il se met un jour à entendre une voix. Celle-ci lui dira qu’il sera peintre un jour. Lesage ne connaît rien à l’art et encore moins à la peinture. Les voix lui disent d’abord de commencer à dessiner sur papier puis un jour elles lui dictent toutes les choses à acheter pour commencer la peinture. Il sera aussi initié par d’autres collègues mineurs au spiritisme et rentrera donc dans le cercle spirite. C’est étonnant comment ce phénomène touchait toutes les catégories sociales.

Il y a vraiment quelque chose d’étonnant tout de même chez Augustin Lesage. Déjà comme je le disais il n’avait aucune préposition pour l’art en général. De plus, il ne faisait jamais de brouillons ou d’essais pour ses œuvres ce qui est assez fou lorsque l’on voit le détail de ses œuvres. Il était assez stoïque face à ses créations et c’est comme s’il avait le syndrome de l’imposteur. Il disait souvent que ce n’était pas ses œuvres. Plusieurs d’entre elles sont signées « Marie ». C’était le nom de sa petite sœur décédée. Il disait aussi être en contact avec Léonard de Vinci et pensait sérieusement être là réincarnation d’un artiste ayant vécu dans l’Égypte Antique. En 1927, il expose ses œuvres à l’Institut Métaphysique de Paris où il étonne tout le monde.

En effet pour quelqu’un qui dit ne jamais avoir toucher des crayons ou des pinceaux… c’est assez fou ce qu’il a réussi à faire. Ses œuvres sont vraiment très étranges. Personnellement, lorsqu’on les regarde de loin, elles me font penser aux tâches d’encre dans lesquelles on peut voir des formes. Elles sont aussi très détaillées, c’est comme s’il y avait des secrets cachés à l’intérieur et qu’il faudrait décoder. Vu de loin, ses œuvres ont l’air de mosaïques où tout est identiques et symétriques mais lorsque l’on a s’approche de plus prêt on peut voir quelques petits détails qui sortent de cette mosaïques comme des écrits ou de la figuration. C’est un véritable travail ornemental.

Lesage s’inspire aussi énormément de l’Égypte Antique. Il était sûr d’y avoir vécu dans une vie antérieure. Lorsque le tombeau de Toutankhamon est découvert par Howard Carter en 1922, il est fasciné. Il se rend en 1939 au Caire où il découvre dans le tombeau de Menna une fresque qu’il avait déjà réalisé plus tôt dans sa carrière. Lui et ses compagnons sont stupéfaits par cette trouvaille et cela crédibilise énormément les dires de Lesage. Or, plusieurs voix s’élèvent pour dire qu’il ment, que cette fresque découverte à Menna a déjà été réalisée à de nombreuses fois et qu’il a très bien pu la voir en photo…

Suite à ce voyage, son art s’inspire encore plus par ce qu’il a pu voir en Égypte. Il en était vraiment fasciné car d’après lui, le peuple de l’Egypte Antique était le seul à avoir accédé à un niveau supérieur de spiritualité. Il représente donc souvent des figures de l’Egypte ou encore des choses symboliques comme les objets trouvés dans le tombeau de Toutankhamon. Il représente aussi la Reine Nefertiti alors qu’il perd la vue. Il la considère comme sa protectrice.

Alors Augustin Lesage, usurpateur ou réel médium ? On ne saura jamais la vérité et c’est sans doute pour cela que toutes ces histoires sont intrigantes. En effet, il est étonnant qu’il ait su réaliser des œuvres comme les siennes sans jamais avoir dessiné auparavant…

Victor Simon est lui aussi fils de mineur et travaille aussi à la mine comme Lesage. Il tient ensuite un café tabac en 1930. Trois ans plus tard, il reçoit son premier message de l’au-delà qui le pousse à prendre contact avec Lesage. Il est vraiment très impliqué dans la communauté spirite puisque qu’il tient plusieurs haute fonction dans différents organismes du mouvement. Il est président du cercle d’Etude Psychique en 1949, président de la Renaissance Spirituelle Française en 1951 et vice président de l’Union Spirite Française. C’est assez dingue de voir à quel point ce mouvement s’est étendu sur des années afin de devenir quelque chose de complètement établie dans la société. Tous ces organismes montrent bien à quel point le mouvement spirite faisait partie intégrante de la vie de l’époque et cela même dans la première moitié du XXeme siècle. Ce siècle voit d’ailleurs aussi l’émergence du courant artistique du Surréalisme.

L’art de Victor Simon est assez figuratif. On retrouve plusieurs inspirations comme la chrétienté, le bouddhisme, l’orientalisme ou encore le judaïsme. Son oeuvre « La toile bleue » est vraiment super intrigante ! La perspective donnée donne vraiment l’impression au spectateur d’entrer dans la toile. C’est une sensation assez étrange.

Fleury-Joseph Crépin lui est serrurier puis plombier. A l’inverse des deux autres, il a un pied dans l’art puisqu’il est passionné de musique et compose. Il se dit lui aussi doué de dons extraordinaire notamment qu’il est guérisseur. Il rencontre Lesage et Simon en 1930. C’est pour dire tout de même à quel point le monde était petit à l’époque et comment tous ces artistes tournaient dans les mêmes cercles pour se rencontrer aussi facilement. C’est quand même bien plus tard qu’il découvre le dessin automatique, en 1938. Il dit entendre des voix un an plus tard : « Quand tu auras peint 300 tableaux, ce jour-là la guerre finira. Après la guerre, tu feras 45 tableaux merveilleux et le monde sera pacifié. »… Il termine son 300ème tableau le 7 Mai 1945, la veille de l’armistice…

Est-ce qu’il souhaitait faire comme les autres pour surfer sur la vague spirite ou bien était-ce la réalité ? Encore une fois, on ne pourra jamais savoir.

Ses œuvres à lui aussi sont imprégnées de symbolisme. On reconnait des édifices ressemblant à des temples.

De manière assez étonnante, le mouvement spirite a contribué à l’émancipation des femmes. En effet, elles tenaient un rôle majeur dans ce courant pourtant encore majoritairement masculin. Une grosse importance était donnée aux guérisseuses, aux médiums et aux somnambules. Quelques femmes ont d’ailleurs réussi à tirer leur épingle du jeu comme c’est le cas pour Elise Muller alias Hélène Smith ou encore Madame Bouttier. Toutes deux faisaient partie du mouvement spirites de manières très actives.


L’exposition « Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l’au-delà » actuellement au Musée Maillol revient donc sur une époque où l’étrange et le mystère sont un réel phénomène de société. De nombreuses personnes assurent pouvoir communiquer avec les esprits et cela même par le biais de l’art. C’est tellement encré dans la société. Cette époque s’intéresse vraiment à tous les sujets. Des spécialistes comme Freud se penche aussi sur cette vague. Evidemment, on ne saura jamais la vérité mais on ne peut que constater ce savoir faire de ces artistes peintres qui pourtant pour la plupart n’avaient jamais pratiqué avant de se mettre à entendre ces fameuses voix. 

Vous avez donc jusqu’au 1er Novembre pour aller visiter cette exposition très intéressante et parfaite pour la saison ! 

Que pensez-vous de cette époque et de toute cette atmosphère étrange ?


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