Franz Von Stuck et le mythe de la Femme Fatale

« Tout le bonheur des hommes réside dans l’imagination« … Cette citation du Marquis de Sade colle parfaitement avec le sujet du jour. Aujourd’hui nous allons aborder un artiste très réputé en son temps, reconnu pour son talent mais aussi pour son côté sulfureux. A une époque où nous sommes en plein dans le progrès industriel et au cœur d’une politique instable, certains artistes tentent de fuir la réalité à travers leur art. De nombreux courants artistiques émergent alors à partir de là. C’est le cas pour le symbolisme qui nait en France aux alentours de 1880 pour très vite se rependre dans toute l’Europe. Franz Von Stuck, figure de proue du symbolisme allemand, va donc à travers ses œuvres nous dépeindre ses fantasmes et ses rêves les plus intimes.

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Auto-portrait dans l’atelier, Franz Von Stuck, 1905

Franz Von Stuck est né le 23 Février 1863 en Bavière. Fils de meunier, il ne se dirige pas du tout dans la même voie que son père puisque très tôt, il commence à prendre des cours d’art. Il sait très vite qu’il souhaite devenir artiste. Il arrive donc à l’âge de 19 ans en 1882 aux Beaux-Arts de Munich jusqu’en 1884. Il gagne très vite de l’argent en réalisant des illustrations pour différents magazines et journaux satiriques. Il connait même une certaine notoriété. Concernant Von Stuck, on peut dire qu’il a connu un parcours très fluide, quasiment sans faute. C’est un artiste touche à tout puisqu’il excelle autant en dessin qu’en gravure et sculpture. C’est à partir de 1889 qu’il se tourne vers la peinture…

Le Gardien du Paradis, Franz Von Stuck, 1889

Cette année là, il réalise son tout premier tableau intitulé Le Gardien du Paradis. Connaissant déjà une bonne notoriété, son tableau est exposé au Palais des Glaces de Munich qui est un lieu culturel où de nombreuses expositions ont lieu à l’époque. C’est un succès ! Son premier tableau est assez incroyable pour une première fois à la peinture. Franz Von Stuck gagne une médaille d’or pour son travail et à partir de là, il ne s’arrêtera plus jamais de peindre.

Franz Von Stuck était sans doute très à son aise à Munich. Sa notoriété lui apporta une forte reconnaissance du milieu culturel. Il participe activement à la vie artistique de la ville à travers plusieurs associations. Il est également une figure majeure de la Sécession de Munich. Créée en 1892, cette association d’artistes rentre en conflit avec le conservatisme du pays. La société ou plutôt l’Etat souhaite un art très académique, très « scolaire », alors que les artistes, venant parfois de différents horizons viennent spécialement à Munich à la recherche d’une certaine liberté artistique. De nombreux mouvements émergent alors comme le Symbolisme ou l’Expressionnisme et forcément, ils sont vivement critiqués. Ce collectif d’artistes souhaitent montrer cette nouvelle manière de faire de l’art, ces nouveaux styles, à travers différentes expositions.

Le Péché, Franz Von Stuck, 1893

Avec tout ce que fait Franz Von Stuck pour la liberté artistique, il devient très vite une influence. J’imagine qu’il prend sans doute en assurance et n’hésite pas à peindre ce dont il a envie en se moquant des critiques. En 1893, il réalise Le Péché et l’expose ensuite. Cette œuvre fait sensation ! La femme est un sujet très récurrent dans ses peintures comme tout bon artiste qui se respecte. Néanmoins, sa représentation des femmes et de la féminité est tout de même bien différente de celle de ses collègues.

Dans Le Péché, Von Stuck représente une allégorie. Il s’agit en réalité du Vice. L’artiste reprend cette vision éternelle de la femme ayant commis le péché originel. Il représente une sorte d’Eve enlacée avec ce gros serpent luisant. Elle le porte sur ses épaules un peu comme une fourrure ou comme un boa. Son regard soutient celui du spectateur, elle assume autant ses péchés que sa nudité. Son visage et ses lèvres qui semblent rouges sont gardés dans l’ombre pour un peu plus de mystère, par contre, la lumière couvre sa poitrine et son ventre. Sa nudité est vraiment mise en valeur et sublimée par cette lumière blanche. Evidemment, je n’ai sans doute pas besoin de vous rappeler que le serpent est LE symbole phallique par excellence. Le serpent symbolise aussi dans certaines cultures la mort du fait qu’il rampe à même la terre… Il y a donc un sulfureux mélange du si indissociable Eros et Thanatos (le Sexe et la Mort).

Ici, Franz Von Stuck représente un de ces fantasmes. N’oublions pas que le symbolisme sert aux artistes à se dévoiler de manière cachée. L’artiste représente une femme fatale et c’est quelque chose que l’on va énormément retrouver dans ses œuvres. Il fera d’ailleurs plusieurs réinterprétations de ce tableau.

La Naissance de Venus, Alexandre Cabanel, 1863

Le Vice, Franz Von Stuck, 1899

Franz Von Stuck s’intéresse dans son art à des sujets comme les mythes ou les allégories. Il garde en tout cas toujours cette image de la femme vicieuse et pécheresse que l’on retrouve énormément dans l’Histoire. C’est vraiment une image universelle et intemporelle. Après, je ne pense pas qu’il était d’accord avec cette idée que les femmes étaient des dangers pour les hommes. Au contraire, je pense qu’il aimait surtout cette idée de femme fatale qui ne collait sans doute pas à la réalité de cette époque. Elle était clairement un fantasme pour lui.

En 1899, il représente à nouveau une allégorie et encore une fois, nous retrouvons une femme enlacée avec un serpent immense. Cette fois-ci, elle est représentée allongée couchée sur le ventre. Le choix du format du tableau est assez intéressant puisqu’il permet de représenter la femme de tout son long et donne une vision globale de la scène. Personnellement, ça me rappelle énormément La Naissance de Vénus (1863) de Cabanel ou même de L’Olympia (1863) de Manet ou encore de L’Odalisque (1814) d’Ingres. Ce sont des œuvres très sensuelles où l’on voit des femmes étendues et lascives. Franz Von Stuck reprend alors ce code là mais au lieu de représenter une divinité ou simplement quelque chose de beau et de sensuel, il représente quelque chose d’étrange et d’hyper sexuel.

C’est ici qu’est encore une fois la particularité de cet artiste, il aime les femmes aux allures dangereuses, les femmes dominantes. Même si celle qui est représentée ici dans Le Vice est soumise au regard du spectateur, elle le soutient et cela en plus avec un grand sourire. Elle n’est en réalité ni réellement soumise, ni complètement passive. Elle est étendue entrelacée avec ce serpent, elle se touche et provoque le spectateur.

Ce tableau est quand même à des années lumières des canons de beauté académiques. Il est clairement une provocation au conservatisme de l’époque. Dans la plupart des tableaux, on voit des femmes érotisées certes mais c’est seulement suggéré, on peut passer à côté sans forcément s’en rendre compte alors que là, Franz Von Stuck nous dépeint quelque chose d’assez clair. Cette représentation de femme est vraiment à des années lumière de la divinité ou de la sainte mère.

Judith et Holopherne, Franz Von Stuck, 1927

Les représentations de femmes dangereuses sont donc très nombreuses dans les œuvres de Franz Von Stuck. Il utilise de nombreux mythes bibliques pour ses œuvres et les duplique parfois pour se réinventer comme c’est le cas pour ces tableaux mettant en scène Judith et Holopherne. Judith est représentée en femme dominante, une épée à la main. Encore un symbole phallique d’ailleurs !  

Tilla Durieux en Circé, Franz Von Stuck, 1913

S’inspirant aussi de la mythologie grecque, Von Stuck crée un tableau de Méduse. Forcément, le personnage de Méduse est la femme fatale par excellence. Victime de sa beauté, elle est transformée en monstre et se retrouve avec une horde de serpents à la place des cheveux. Quant à ses yeux, ils transforment en pierre quiconque croise son regard. Quand on sait à quel point le regard de ses personnages est important dans les œuvres de l’artiste…

Il fait aussi une représentation de Circé, magicienne et empoisonneuse. L’artiste joue clairement sur les préjugés. Depuis toujours, les femmes sont affublées des pires maux. Sorcières, empoisonneuses, scandaleuses… Dans son tableau, il la représente habillée pour le coup mais sa posture laisse imaginer tant de choses. Elle est dans la tentation, elle tente de convaincre la personne qui se trouve en face d’elle. Ca aussi, c’est une forme de séduction ! De plus, on peut voir qu’elle a une épaule dénudée qui laisse imaginer son sein. Tout est dans la suggestion dans cette œuvre et c’est ça l’érotisme, suggérer sans ne jamais rien montrer. Sa robe d’ailleurs me fait étrangement penser à la couleur du serpent qui se trouve dans le tableau juste en dessous… Ca veut tout dire non ?

Enfer, Franz Von Stuck, 1928

Cette image de serpent aura d’ailleurs accompagnée Franz Von Stuck tout au long de sa carrière d’artiste ! Symbole phallique, de mort, de perfidie et de perversion. Cet animal n’est vraiment pas gâté ! Comme la plupart des femmes dans ses tableaux, le serpent soutient aussi très souvent le regard du spectateur. Ne serait-il pas là lui aussi pour le tenter ? J’en ai bien l’impression !

Sensualité, Franz Von Stuck, 1991

Franz Von Stuck est donc un artiste vraiment très réputé et très célèbre à son époque. Malgré qu’il soit assez sulfureux, il jouit quand même d’une très bonne presse. Il est d’ailleurs anobli par le Prince de Bavière en 1905 et ça, ce n’est pas rien ! Il a fait tellement de chose en même temps pour le monde culturel en Allemagne qu’il le méritait sans doute amplement. Il décède en 1928 et sa maison qu’il a fait créer lui même d’après ses propres plans est devenu un lieu de culture accessible au public. Ses œuvres sont par la suite un peu oubliées pour être redécouvertes dans les années 70.

J’aime beaucoup son travail et ses représentations de femmes fatales. Mêlant ambiance mystique, sensualité, domination et provocation, il va à l’encontre de l’académisme et du réalisme. Comme je le disais, ses représentations de femmes sont bien loin des canons de beauté typiques de l’histoire des arts mais je trouve que les siennes ont un certain charme ! Elles paraissent dangereuses et mystérieuses avec une sensualité bien affirmée !

Que pensez-vous du travail de Franz Von Stuck ? Connaissiez-vous cet artiste ?


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7 commentaires sur « Franz Von Stuck et le mythe de la Femme Fatale »

  1. Je connaissais très peu et artiste. Et je crois avoir vu passer ses tableaux chez une de vos consœur qui, me semble-t-il, le prenait en exemple de ces femmes peintes de l’unique point de vue des hommes, ce fameux regard d’hommes vilipendé par de nombreuses féministes.
    Je ne suis d’ailleurs pas certain qu’elles apprécient toutes votre manière de percevoir notre homme !
    Mais finalement, vous êtes comme lui ou comme H Newton… vous n’avez que faire du regard des autres ! Bravo pour ça aussi.

    Aimé par 1 personne

    1. Haha merci pour votre retour ! Je pense que c’est facile de tout de suite pointer du doigt ce fameux regard d’homme ! Bien sûr qu’il y a des réalisations purement sexualisée pour satisfaire uniquement l’œil masculin, mais je pense que dans certains cas, il est important d’analyser tous les points de vue !
      Et puis c’est ça l’art, tout le monde peut avoir sa propre interprétation, peut être que je me trompe, peut être que non 😉

      Et puis personnellement, j’ai aucun problème avec le corps féminin, je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument le cacher ! 😉

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